Plaidoyer pour l’imperfection

Qu’est ce qui nous émeut, nous touche, nous atteint, nous rend joyeux ?

la beauté est dans l'imperfectionParlons meubles pendant un instant. Le travail du bois est un de mes hobbies, je trouve ça méditatif. Et même si la menuiserie et l’ébénisterie ne sont pas votre dada, vous allez vite comprendre mon propos. Les meubles fabriqués par des machines en usine sont parfaits, au dixième de millimètre près. Offrent-ils ce qu’un meuble fait par un ébéniste émane ? Absolument pas. Celui-ci respire la main de l’homme et de son inhérente imperfection, et de par là-même, nourrit celui qui le regarde, qui le touche, de sensations vivantes, d’un supplément de beau. Pourquoi ? Parce que celui qui l’a fait lui a transmis son âme. Le parfait est clinique, robotique, poli, creux, froid, mort. Ce qui nous touche, qui nous émeut, qui nous fait vibrer, ce n’est pas le parfait, c’est l’humanité. L’humanité avec ses aspérités, ses faiblesses, ses fragilités, ses légers déséquilibres. La photo de cette femme résonne en nous parce que son visage raconte son histoire et exprime son âme. Le contraire du botox et du silicone qui polit et uniformise tout. Avant de continuer cet article, je vous invite à regarder ces quatre courtes vidéos. Ça ne va pas prendre plus de temps qu’une compilation de bloopers ou que quelques vidéos de chatons  (Cliquer sur les liens ouvrira une nouvelle fenêtre)

1) un spot TV pour Dewar’s Scotch Whisky avec, pour script, un poème de Charles Bukowski

2) un hommage rendu par des soldats néo-zélandais avec un haka, à deux d’entre eux tombés au champ d’honneur

3) Michel Simon et Serge Gainsbourg chantant l’herbe tendre

4) une promo pour une exposition mondiale itinérante de l’artiste Grégory Colbert

Je vous demanderai, si vous le voulez bien, de regarder ces vidéos en entier (chacune fait entre 1 et 2 mn). Le spot TV Dewar’s est en anglais, la promo pour l’expo itinérante est en mandarin – s’il vous plaît, regardez-les également. Même si vous ne parlez pas ces langues, faites-moi confiance : il y a une très bonne raison pour laquelle je vous demande de les regarder.

Qu’ont ces vidéos en commun, et comment en tirer une leçon fondamentale, essentielle, qui va radicalement changer votre approche de la voix off ?

Mettez-vous à nu

Qu’ont donc les quatre vidéos que vous venez de regarder en commun ? L’humanité, l’honnêteté, la vulnérabilité, la sincérité, le vrai. On perçoit ces sentiments grâce à l’intention des personnes qui les véhiculent. Maintenant, comment cela se traduit-il en voix off ?

secret voix offAvec un tant soit peu d’entraînement, on peut lire un script très facilement si on n’y amène rien. C’est facile, c’est creux, c’est vide de sens. En y mettant de soi-même, même avec une expérience considérable, tout change : ça devient beaucoup plus difficile, on trébuche, on rame… et c’est là que ça devient intéressant. Parce qu’on s’expose, qu’on se met à nu, on nourrit le script de notre propre humanité, de notre imperfection inhérente : on lui ‘donne vie’.

Je ne vous dirai pas ici comment c’est réalisable techniquement, le sujet est trop vaste pour le couvrir dans un article. Mais sans trop entrer dans les détails, la voix (et sa transmission), de par une composition physique non-linéaire, est imparfaite. C’est cette imperfection qu’il faut exploiter. Cela dit, je peux vous dire comment on ne peut PAS y arriver : avec artifices, pirouettes et autres feintes de balayeur. DONNEZ une INTENTION. Notez les capitalisations. Le vrai secret est là.

amourUne question qui revient souvent est : qu’entends-je par intention ? Quand vous dites oui à votre mariage. Quand vous prononcez un discours d’adieu à l’enterrement d’un ami. Quand vous dites ‘je t’aime’ à votre bébé. Quand, en tant que militaire, vous criez à votre unité de s’abriter… Vous n’avez vécu aucune de ces situations ? Utilisez la partie “comédien” de “comédien voix off”. Faites appel à votre humanité.

Auguste Rodin, dans son testament artistique (que vous pouvez écouter et lire en entier ici) le dit bien mieux que je ne le pourrais : “Lorsque vous modelez, ne pensez jamais en surface, mais en relief. Que votre esprit conçoive toute superficie comme l’extrémité d’un volume qui la pousse par-derrière. Figurez-vous les formes comme pointées vers vous. Toute vie surgit d’un centre, puis elle germe et s’épanouit du dedans au dehors.”

Vous aurez compris que je ne plaide bien évidemment pas pour le médiocre. Il faut bien sûr tendre vers la perfection, mais sans perdre notre humanité. À vous de trouver comment négocier au mieux cet oxymore !

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